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Festival Ngoma 2026 : à Kisangani, la culture au service des communautés et du développement local

Festival Ngoma 2026 : à Kisangani, la culture au service des communautés et du développement local
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Du 21 au 26 septembre 2026, l’Espace culturel Ngoma de Kisangani a vibré au rythme du théâtre, de la danse, de la musique, du slam et de l’humour. Pour sa seizième édition, le Festival Ngoma a réuni des artistes de plusieurs horizons autour du thème « L’art au cœur des communautés ». Au-delà des spectacles et des applaudissements, ce rendez-vous culturel porte une ambition qui dépasse les quelques jours de représentation : faire de la culture un levier de développement, renforcer les capacités des artistes locaux et donner une nouvelle impulsion aux arts de la scène dans le Pôle culturel Est, qui regroupe Kisangani, Isiro, Bunia, Goma et Bukavu.

Organisé par le Groupe TACCEMS avec l’accompagnement d’Africalia Belgique, le festival s’est progressivement imposé comme un espace de création, de rencontre et de diffusion artistique. D’une édition à l’autre, il rapproche les artistes du public boyomais, tout en leur offrant l’occasion de présenter leurs œuvres, de confronter leurs expériences et de nouer des relations professionnelles. Pour le Groupe TACCEMS Asbl, cette démarche repose sur une conviction : la culture doit s’enraciner dans le quotidien des communautés et contribuer à leur développement.

Un espace de création et de professionnalisation

Olivier Maloba Banza, directeur artistique du Groupe TACCEMS Asbl, explique que le Festival Ngoma est né de la volonté de créer à Kisangani un espace pérenne consacré à la rencontre, à la création et à la diffusion des arts de la scène. L’initiative vise également à rassembler des artistes issus de différentes disciplines et de divers horizons, en accordant une attention particulière aux créateurs de l’est de la République démocratique du Congo.

La sélection des participants repose notamment sur la qualité des propositions artistiques, leur pertinence au regard de la programmation et leur capacité à entrer en dialogue avec le public. Les artistes de Kisangani et des provinces voisines occupent une place importante dans cette démarche. Leur implication ne se limite pas aux représentations : ils contribuent également à l’organisation, à la médiation, à la communication, aux activités techniques et aux formations destinées à renforcer leurs compétences.

« Nous accordons également une place importante aux artistes de Kisangani et de la région Est de la RDC. Les acteurs locaux participent à la programmation, à l’organisation, à la médiation, à la communication, à la technique et aux activités de formation qui renforcent les capacités artistiques des artistes boyomais », précise Olivier Maloba Banza.

Cette implication contribue à faire du festival un cadre d’apprentissage et de professionnalisation. Au-delà de la scène, les artistes acquièrent de nouvelles compétences, développent leur réseau et découvrent d’autres pratiques susceptibles d’enrichir leur parcours professionnel.

Des retombées qui dépassent le secteur culturel

Au fil des éditions, le Festival Ngoma a également développé des retombées économiques qui dépassent le milieu artistique. Son organisation mobilise des artistes, des techniciens, des régisseurs, des administrateurs et des communicateurs, mais aussi des transporteurs, des hôteliers et différents prestataires de services. Ces activités génèrent des emplois ponctuels et font travailler plusieurs secteurs de l’économie locale, dans une ville où les initiatives culturelles peinent encore à accéder à des financements réguliers.

Dans cette perspective, le partenariat avec Africalia Belgique occupe une place importante. Selon le directeur artistique du Groupe TACCEMS, cet accompagnement a contribué à mieux structurer le festival et à améliorer les conditions de travail des artistes et des équipes. Il porte notamment sur la mobilité, la programmation, les aspects techniques, la communication, la professionnalisation et le renforcement des capacités.

« Au-delà du financement, cette collaboration contribue à inscrire le Festival Ngoma dans une dynamique de développement durable du secteur culturel », souligne-t-il.

Pour Olivier Maloba Banza, l’enjeu ne consiste pas simplement à organiser un événement annuel, mais à construire un héritage pour les générations futures. Le Groupe TACCEMS Asbl entend transmettre des compétences, consolider les réseaux professionnels et instaurer des pratiques permettant aux artistes de poursuivre leurs activités au-delà du festival.

L’ambition est ainsi de faire du Festival Ngoma un véritable outil de développement culturel, capable de soutenir les jeunes talents, de favoriser la circulation des œuvres et de contribuer, à terme, à l’amélioration des infrastructures dédiées à la culture.

L’absence d’un tel rendez-vous priverait Kisangani d’un espace de rencontre entre artistes, publics et professionnels, mais aussi d’une occasion de découvrir des créations venues d’autres régions et d’autres pays. Pour le directeur artistique, la continuité du festival constitue donc un enjeu pour l’ensemble de la communauté culturelle boyomaise.

Il retient notamment de la collaboration avec Africalia la confiance construite au fil des années et la possibilité, pour le Groupe TACCEMS Asbl, de renforcer progressivement ses capacités. Ce partenariat a permis au festival de grandir malgré les contraintes propres à l’environnement local.

L’éloignement géographique, le coût élevé des déplacements, l’insuffisance des infrastructures et l’accès limité aux ressources financières continuent de compliquer l’organisation des activités culturelles à Kisangani. Les coupures d’électricité constituent également un obstacle récurrent pour les artistes et les équipes techniques. « Mais ces difficultés renforcent aussi notre détermination à construire des solutions adaptées au contexte de Kisangani », affirme Olivier Maloba Banza.

Africalia mise sur les réseaux culturels de l’Est

Du côté d’Africalia, l’accompagnement du Groupe TACCEMS Asbl s’inscrit dans une démarche qui dépasse le seul Festival Ngoma. Magali Kisukurume, gestionnaire du programme RDC au sein de cette organisation belge, explique que le soutien accordé à TACCEMS relève du programme financé par la Direction générale de la coopération au développement et de l’aide humanitaire (DGD), rattachée au ministère belge des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.

Africalia travaille avec quatre organisations partenaires en RDC, dans une logique de structuration et de développement du secteur culturel. Le choix du Groupe TACCEMS Asbl repose notamment sur sa capacité à fédérer des acteurs au-delà de Kisangani. À travers le Réseau Pôle culturel Est, le groupe accompagne des collectifs d’artistes établis à Isiro, Kisangani, Goma, Bunia et Bukavu.

« La RDC est un grand pays. Il fallait faire un choix de partenaires capables de soutenir et d’accompagner d’autres opérateurs culturels », explique Magali Kisukurume. L’objectif est notamment de travailler avec TACCEMS sur les activités menées au sein de ces collectifs, dont les semaines culturelles organisées à la fin de chaque année.

Elle décrit le Festival Ngoma comme un événement singulier dans le paysage culturel de Kisangani, en raison de sa capacité à réunir, sur une même scène et pendant une semaine, le théâtre, l’humour, la danse et la musique. Cette diversité permet de toucher différents publics et de donner de la visibilité à des formes d’expression parfois peu représentées dans les circuits culturels habituels.

Cette seizième édition s’est toutefois déroulée dans un contexte sanitaire difficile, marqué par l’épidémie d’Ebola. Celle-ci a empêché des artistes vivant dans les villes touchées par la maladie de prendre part au festival, affectant ainsi la programmation et privant le public de certaines prestations initialement attendues. L’absence de ces artistes a constitué une contrainte supplémentaire pour les organisateurs, qui doivent composer avec des réalités sanitaires susceptibles de perturber la participation et la circulation des créateurs dans la région.

À cette difficulté se sont ajoutées les conséquences de l’insécurité dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, qui compliquent davantage les déplacements et les échanges entre les acteurs culturels de l’Est de la RDC. Ces contraintes illustrent les défis auxquels sont confrontés les opérateurs culturels de la région, appelés à adapter leurs activités à un environnement marqué par des difficultés sanitaires, sécuritaires et logistiques.

L’accompagnement apporté au Groupe TACCEMS Asbl prend plusieurs formes. Il comprend des ateliers de formation, des séances de partage d’expériences entre partenaires en RDC ainsi qu’un appui financier destiné à la réalisation des activités proposées par les organisations soutenues. Le Groupe TACCEMS Asbl conserve une marge d’initiative dans la définition de ses projets. Africalia intervient également dans la structuration institutionnelle, le renforcement des compétences en production et en diffusion des œuvres, ainsi que dans la recherche de sources de financement diversifiées.

Les attentes portent autant sur la fréquentation du festival que sur ses retombées professionnelles et économiques. Africalia souhaite voir se développer un public composé de personnes de différents âges et milieux sociaux, tout en permettant aux artistes participants d’acquérir une expérience susceptible de faire progresser leur carrière.

Pour Magali Kisukurume, la portée du travail accompli par le Groupe TACCEMS Asbl se mesure aussi à sa capacité à accompagner d’autres acteurs culturels.

« Le plus grand succès, c’est que cette organisation regarde plus loin. Pas seulement à elle-même. Le Groupe TACCEMS va jusqu’à accompagner les artistes de tout un réseau du Pôle culturel Est. Leur impact ne se limite pas à Kisangani, mais concerne plusieurs autres villes », fait-elle observer.

Les artistes au cœur de la dynamique

Sur scène, cette ambition prend un visage concret à travers les expériences vécues par les artistes. Pour Bintu Mugobe Pascaline, auteure et slameuse ayant participé à cette seizième édition, le Festival Ngoma restera avant tout un moment de partage et de découverte. Elle se réjouit des rencontres nouées avec d’autres créateurs, des échanges et des connaissances acquises au cours des différentes activités.

Au-delà de sa prestation, sa participation lui a permis d’élargir son réseau professionnel, de découvrir de nouvelles approches artistiques et d’enrichir son expérience. Elle y voit une occasion de progresser, de tisser des liens et d’envisager de futures collaborations. Autant d’acquis qui, pour une artiste, comptent parfois autant que les applaudissements du public.

Innocent Bolunda, comédien et metteur en scène, partage cette satisfaction. Heureux d’avoir pris part au festival, il retient l’occasion de présenter son travail, de partager sa passion avec d’autres artistes et de vivre des moments de communion avec le public. Son enthousiasme ne l’empêche toutefois pas de souligner les difficultés financières auxquelles l’événement reste confronté.

Il plaide ainsi pour une augmentation du budget consacré au Festival Ngoma. Des moyens supplémentaires permettraient, selon lui, d’améliorer les conditions de participation des artistes, de renforcer la qualité des productions et de donner une plus grande portée à cette rencontre culturelle.

À Kisangani, le Festival Ngoma poursuit ainsi son chemin à la croisée de la création artistique, de la formation et de l’engagement communautaire. Pour les artistes, il représente une scène d’expression et une occasion de se construire professionnellement. Pour TACCEMS, il constitue un projet de transmission et de structuration culturelle. Pour Africalia, il s’inscrit dans une démarche plus large de soutien aux réseaux artistiques de l’est de la RDC.

Ces trois perspectives convergent vers un même objectif : faire de la culture un levier de développement pour les communautés. Dans une région où les artistes doivent encore composer avec des moyens limités, le Festival Ngoma rappelle que la création artistique peut contribuer à renforcer les liens sociaux, à stimuler l’économie locale et à ouvrir de nouvelles perspectives professionnelles. Une ambition qui, au-delà des six jours de festivités, appelle à un engagement durable en faveur de la culture et de celles et ceux qui la font vivre.